« le roman lumineux », mario levrero

[lu par Maxime]

Le Roman lumineux est l’œuvre maîtresse de Mario Levrero, auteur uruguayen culte, disparu en 2004. Ce grand roman latino-américain vient d’être traduit pour la première fois en français par nul autre que Robert Amutio, le passeur historique en France de Roberto Bolaño. Mais ce n’est pas seulement un grand roman, c’est aussi un livre inclassable, baroque, sauvage, doté d’un improbable synopsis. Jugez-en par vous-même.

Un écrivain, alter ego de l’auteur, reçoit une bourse de la Fondation Guggenheim, pour rédiger le projet de sa vie : « Le Roman lumineux ». Incapable d’écrire de façon satisfaisante, celui-ci entame alors la rédaction de son «Journal de la bourse», en quête d’inspiration. C’est le début de la chronique parfois hilarante, souvent tragique, toujours géniale, de la vie d’un auteur en proie à ses démons littéraires, qui se débat avec poésie, par la force de son imagination, contre le quotidien morne qui l’accable… Avant de finalement parvenir à écrire son mystérieux « Roman lumineux » – celui-ci risque fort bien d’éclater dans votre vie comme un feu d’artifice hors de contrôle!

Un livre «inoubliable», comme l’affirme Enrique Vila-Matas, qui aborde en filigrane plusieurs des grandes thématiques de la littérature universelle : la solitude, l’amour, le divin et les ressorts de la création.

«Il est très probable que l’on ne se souvienne pas de moi en tant qu’écrivain, même si pendant un certain temps j’ai figuré dans les analyses critiques de cette époque, pour des raisons que je soupçonne être d’urgence ou de pénurie; mais je suis bien sûr que ceux qui m’ont connu se rappelleront de moi, et qu’ils se rappelleront de moi seulement en tant que fou. Dit autrement : mon authentique fonction sociale est la folie

Mario LEVRERO, Le Roman lumineux, trad. de l’espagnol par Robert AMUTIO. Editions Noir Sur Blanc Notabilia, 2021.


« des vivants », raphaël meltz, louise moaty, simon roussin

Remarquable travail !

Le récit historique, en bande dessinée, de la création, à l’été 1940 à Paris, du réseau de résistance du musée de l’Homme.

Remarquable travail des scénaristes : l’originalité du travail de Raphaël Meltz et de Louise Moaty repose sur leur volonté de ne rien inventer ; le texte qu’ils nous donnent à lire est une intègre restitution des propos tenus et écrits, des situations vécues par les membres de ce groupe de résistants actif pendant deux ans, jusqu’à ce qu’un traître les livre à la Gestapo. En fin de volume se trouve un impressionnant travail historique : y sont données, pour chaque case de la BD qui le nécessite, d’une part, les sources bibliographiques des propos/scènes mis en image et, d’autre part, des notices biographiques de chacun des membres du réseau mais également des personnages secondaires à l’histoire et qui font une brève apparition dans le récit (Raymond Queneau ou Michel Leiris par exemple).

Remarquable travail de l’illustrateur : Simon Roussin insuffle à ces femmes et ces hommes une force romanesque extrêmement émouvante. Occupant le premier plan car engagés dans l’action, ces individus deviennent par moments des silhouettes floues : la mémoire des survivants est à l’œuvre pour nous rappeler que ces femmes et ces hommes furent avant tout bien vivants.

Remarquable travail éditorial : une maquette impeccable, un volume mi-toilé, relié et cousu — de la très belle ouvrage !

Raphaël MELTZ, Louise MOATY, Simon ROUSSIN, Des vivants. Éditions 2024, 2021.


don Quichotte

À l’occasion de la parution du texte de Lydie Salvayre, Rêver debout (Le Seuil) et du Dictionnaire Cervantès de Jean Canavaggio (Bartillat), une vitrine don quichottesque pour mettre à l’honneur et le personnage et son créateur!

Trois traductions en poche vous attendent de pied ferme : celle d’Aline Schulman (Points), celle de Jean Canavaggio (Folio) et celle de Jean-Raymond Fanlo (Le Livre de Poche) – à vous de choisir !

Un grand merci à Telio pour sa réinterprétation dessinée de l’ingénieux Hidalgo de la Mancha !

« Il s’imagina que rien ne serait plus beau pour lui, plus utile pour sa patrie, que de ressusciter la chevalerie errante en allant lui-même à cheval, armé comme les paladins, cherchant les aventures, redressant les torts, réparant les injustices.« 


vendredi 1er octobre 2021 : remise du prix Alexandre-Vialatte

remise du prix Alexandre-Vialatte 2021, vendredi 1er octobre, à l’hôtel littéraire Alexandre-Vialatte, place Delille, 18h30

entrée libre et gratuite


« plexiglas mon amour », éric chauvier

[lu par Maxime]

Qui a dit qu’un récit avec une pandémie en toile de fond ne pouvait pas être hilarant ? Assurément pas Éric Chauvier, qui signe avec Plexiglas mon amour une satire jubilatoire de notre société.

Anthropologue reconnu pour ses essais percutants (Contre Télérama, La Crise commence où finit le langage [éditions Allia] entre autres), Chauvier se révèle aussi dans ses fictions comme un fin observateur de la société. Avec talent, et surtout beaucoup d’humour, il jongle avec les registres, mélangeant le burlesque à une fine critique sociale.

Plexiglas mon amour, c’est l’histoire (véridique ?), d’un homme doublement tiraillé entre son épouse et un ami retrouvé. Éric n’en peut plus des quarantaines que sa femme lui impose du fait de son non-respect des règles de distanciation sociale (mais quelle idée de se rendre à ce vernissage en pleine pandémie ! Pourtant Éric a respecté tous les gestes barrières…). Puis voilà qu’il rencontre Kevin, ancien camarade d’université qui, après être passé par la case scientologie, s’est reconverti en survivaliste. La fin du monde est proche et il faut apprendre à survivre dans une nature hostile. Vraiment ? Éric en doute, mais finit par s’embarquer, curieux, dans une chasse à la biche qui tourne mal… Sans compter de multiples entorses au protocole sanitaire…

Une histoire délicieusement saugrenue, qui commence devant un épisode des Ch’tis à Miami pour s’achever à quelques kilomètres d’un Hôtel Formule 1… Comme l’écrit Chauvier, «depuis quelque temps, tout devient possible, surtout l’improbable».

Éric CHAUVIER, Plexiglas mon amour. Allia, 2021.


« hors gel », emmanuelle salasc

Poursuivant l’exploration des liens que tissent les humains avec leur territoire – ou plutôt des liens que les territoires autorisent les humains à tisser – Emmanuelle Salasc nous emmène cette fois arpenter la montagne.

Sous un autre nom, Pagano, l’autrice débuta la construction d’une œuvre littéraire avec patience et rigueur et nous avait laissé littéralement «enchantés» par sa Trilogie des rives (2015-2018) qui succédait au non moins enchanteur Nouons-nous.

Nœud, fils, ligne – c’est bien sur un métier à tisser que Salasc bâtit le motif de sa trame romanesque.

Avec Hors gel, il y est donc question de la montagne et d’un glacier qui menace de se rompre et d’engloutir sous une lave torrentielle la vallée. C’est déjà arrivé, il y a de nombreuses années. Depuis, le glacier est sous surveillance mais les humains continuent à habiter, de génération en génération, les versants et la vallée. La menace, cependant, est toujours là.

Vivre sous une menace, Lucie, elle, connaît cela très bien : sa sœur jumelle, Clémence, sut l’instiller méthodiquement au sein de la famille. Lucie a tenté de faire sa vie hors de cette emprise gémellaire en s’accrochant à cette montagne. Clémence, qui n’a pas donné de nouvelles depuis 30 ans, débarque chez Lucie au moment où la sirène d’alarme retentit dans la montagne : le glacier s’est réveillé, la vallée va devoir être évacuée.

L’intense charme de la phrase de Salasc opère immédiatement : elle nous fait arpenter avec une grâce subtile ces paysages de montagne devenus des lieux sous surveillance humaine extrême et ces paysages intimes devenus des lieux où «invivre» est la loi.

«Ou peut-être que si personne ne part, c’est parce que la montagne nous tient. Même menaçante, même dangereuse, la montagne nous garde. Nous restons sous son emprise, une emprise de roches, de lignes dressées. Une emprise d’échos, de couleurs aimantées, de paliers, de vertiges. De ciels. Et tant pis pour le danger. Peut-être même que ce danger, avec son cœur d’eau et de glace dont tout le monde, ici, croit entendre un jour ou l’autre les battements, un jour de peur en escalade, en marche même, un jour d’orage précoce, un jour de redoux imprévu, un jour de brouillard sourd, un jour où rien n’oriente, peut-être que ce danger rend cette emprise plus forte encore. Peut-être que nous voulons avoir peur. Peut-être que nous aimons avoir peur.»

Emmanuelle SALASC, Hors gel. P.O.L., 2021.


« ultramarins », mariette navarro

Il y a la mer, le bleu de la mer, le bleu outremer : au-delà de la mer, il y a l’ultramarin.

Il y a les corps : traversant l’Atlantique, des hommes d’équipage, leur Commandante et le cargo ; ensemble, ils forment un organisme bien vivant qui s’anime et fend les flots.

Ces «membres» d’équipage (hommes, Commandante, cargo) sont vitalement indissociables les uns des autres : un membre s’affaiblit et c’est tout l’ensemble de l’organisme qui est menacé.

Un jour, une idée folle prend forme dans les esprits : et si on s’autorisait une baignade, là, en pleine mer ?

La Commandante accepte l’impensable : disparaître des radars pendant quelques minutes, histoire d’y plonger vraiment dans cette eau ultramarine.

Mettre le cœur du cargo au ralenti, en suspens ; faire le mort.

20 marins plongent ; 21 marins remontent à bord.

Ce beau roman nous convie avec grâce à un voyage sensoriel et poétique en compagnie d’hommes et de fantômes.

« Il y a les vivants, les morts et les marins.

Ils savent déjà, intimement, à quelle catégorie ils appartiennent, ils n’ont pas vraiment de surprise, pas vraiment de révélation. Ils savent, à chaque endroit où ils se trouvent, s’ils sont à leur place ou s’ils n’y sont pas.

Il y a les vivants occupés à construire et les morts calmes au creux des tombes.

Et il y a les marins. »

Mariette NAVARRO, Ultramarins. Quidam, 2021.


« les oscillants », claudio morandini

Cette rentrée littéraire nous réserve de belles lectures et nous retrouvons avec grand plaisir des auteurs dont on suit le travail et, évidemment, d’autres que l’on découvre.

Quand s’est annoncée en juin la parution à la rentrée d’un nouveau roman de l’Italien Claudio Morandini, on piaffait déjà d’impatience !

Souvenez-vous, en 2019, on vous parlait avec beaucoup d’enthousiasme de son précédent roman, déjà publié par Anacharsis, Les Pierres, un roman où s’invitait l’absurde qui transformait le tragique et l’inquiétant en conte drôle et féroce : quand une villageoise découvre un matin dans son salon une pierre, arrivée là mystérieusement et comment le lendemain, il n’y a plus une pierre, mais un tas de pierres dans le salon, puis une véritable invasion de pierres dans ce village de montagne…

Les Oscillants nous emmène de nouveau en montagne, au bout d’une route sinueuse à l’extrême, menant à une cluse : en surplomb de la vallée, le village d’Autelor, exposé à l’ensoleillement ; au fond de la vallée, le village de Crottarda, exposé, lui, à une ombre quasi permanente – évidemment, les deux villages se vouent une haine fort tenace.

Débarque à Crottarda, une jeune femme, notre narratrice, ethnomusicologue, lancée dans un travail de recherches sur des chants de berger qu’on entendrait, la nuit, dans le village…

L’art de Morandini, c’est de nous embarquer nous aussi dans cette quête/enquête où tout semble pourtant improbable – le sujet, le lieu, les personnes – et où tout semble pourtant crédible… nous voici donc, nous aussi, des oscillants, un pied dans le réel, un autre dans le fantastique – en tout cas, les deux pieds bien campés dans un vrai plaisir de lecture.

On pense évidemment au grand Ramuz dans cet affrontement de montagnards «d’en haut» et «d’en bas», mais un Ramuz auquel on ajouterait le burlesque de Calvino : c’est ce que réussit fort habilement Morandini !

Claudio MORANDINI, Les Oscillants, trad. de l’italien par Laura BRIGNON. Anacharsis, 2021.


des pages en l’air

des pages, il n’y en a pas que dans les livres…

technologie de pointe vous permettant de lire debout, tête en l’air — on n’arrête pas le progrès


la librairie recrute

la librairie recrute 1 libraire pour le mois de septembre, temps partiel ; expérience, motivation, enthousiasme et sérieux appétit pour la lecture !

polyvalence sur les rayons adulte et jeunesse, dans l’idéal…

les candidatures sont à envoyer uniquement par mail : lalibrairie-clermont@orange.fr

attention, il ne s’agit pas d’un job étudiant mais bien d’un emploi requérant des qualifications dans le merveilleux monde de la librairie 😉