rentrée littéraire (sur le vif 2)

Après celui de Mathieu Riboulet, l’autre livre très attendu de cette rentrée est celui de Patrick Deville, Peste & choléra.

Deville nous avait régalés avec Équatoria et Kampuchéa (voir le billet publié sur le blog l’année dernière au sujet de Kampuchéa).

On savoure avec autant de jubilation ce nouveau texte.

Deville met ici de côté le Je narrateur et les multiples personnages qui se croisaient dans ses textes précédents  pour se focaliser sur un homme, Alexandre Yersin (1863-1943).

C’est Yersin qui, en 1894, isolera le bacille de la peste, à Hong-Kong — yersinia pestis

Médecin, biologiste, curieux de tout, il mènera plusieurs missions d’exploration en pays Mois (Indochine) et découvrira le plateau du Lang-Bian. Cet explorateur est également un botaniste doué qui introduira l’hévéa en Indochine : la première récolte de latex, en 1904, est acheté par l’entreprise Michelin…

Deville réussit une fois de plus à mêler habilement érudition, souffle romanesque et Histoire.

 

Patrick DEVILLE, Peste & choléra. Seuil, 2012. 219 p. 18 €

à noter : la parution simultanée de l’édition poche de Kampuchéa (Seuil, « Points », 2012. 255 p. 6,70 €)


patrick deville, kampuchéa

Deville poursuit ici son projet d’écriture : faire le tour du monde en restant, plus ou moins…, à la même latitude.

Equatoria (2009) nous emmenait dans une traversée du continent africain. On y croisait Savorgnan de Brazza, Loti, Conrad, Livingston retrouvé par Stanley et même De Gaulle, au fil d’histoires dans l’Histoire, tissées très habillement par Deville les unes aux autres.

Dans Kampuchea, le narrateur remonte le Mékong, depuis son delta jusqu’aux frontières chinoises. On est en février 2009, au moment où s’ouvre le procès de Kaing Guek Eav, alias Douch : directeur de S21, la prison de Tuol Sleng où furent détenus, torturés et exécutés par les Khmers Rouges jusqu’à 20 000 personnes. À la libération du camp, on comptait 7 survivants.

Deville, fidèle à son projet, mêle astucieusement anecdotes et l’Histoire, avec sa grande hache. Dans les traces d’Henri Mouhot qui révéla Angkor aux Occidentaux en chassant les papillons, Malraux et son Perken de La Voie royale ne sont pas loin. Et on retrouve Loti, évidemment.

Patrick DEVILLE, Kampuchéa. Le Seuil, 2011. Coll. « Fiction & Cie ». 264 p. 20 €