in memoriam, Mathieu Riboulet (1960-2018)

L’écrivain Mathieu Riboulet a fermé ses yeux sur ce monde, lundi 5 février 2018, dans l’après-midi.

Mettre en mots l’intense émotion de cette disparition se révèle impossible ; comment évoquer au plus juste, au plus intime, un homme qui a construit une œuvre littéraire majeure dont une des forces repose, justement, sur la puissance du verbe, de la phrase ; on paraît bien vulgaire à côté.

Il neige aujourd’hui, 5 février 2018.

Il neigeait le vendredi 3 décembre 2010 quand Mathieu Riboulet est arrivé pour la première fois à la librairie pour une rencontre que j’avais enfin osé demander à sa maison d’édition, Verdier.

Je n’en menais pas large ce soir-là ; je recevais un auteur dont j’avais découvert avec intensité il y a quelques mois l’œuvre précédemment publiée – le choc. Le public avait affronté les routes enneigées pour venir écouter cet homme qui venait de publier Avec Bastien ; prêter de vieux chaussons à un auteur pour qu’il dîne les pieds au sec, c’est sûr, ça rapproche…

Il a neigé ensuite pratiquement à chaque rencontre avec Mathieu Riboulet…

Vendredi 1er décembre 2017, rencontre avec Marie-Hélène Lafon à la librairie. La discussion était en train de s’achever : nous venions d’évoquer le « personnage » de Pierre Ubac qu’elle fait intervenir dans son dernier roman, Nos vies. Pierre Ubac, c’est Mathieu Riboulet. Sans que nous nous soyons concertées, j’ai tendu à Marie-Hélène Lafon mon exemplaire de Lisières du corps et lui ai demandé de lire à haute voix le passage qui se situe à la page 45 ; quand nous avons quitté la librairie, la neige s’est mise à tomber…

« Les noms nous nomment, les mots nous précisent.

Parfois nous remplissons la tâche qu’ils nous assignent,

Et c’est alors la joie, la rencontre et la paix.

Parfois la grâce.

Par eux nous sommes fondés,

Par eux nous tenons

Comme le gars se tient au mitan de l’image.

Dans l’axe de la combe

La douceur de la louve.

Nul besoin de bouger pour que le soleil entre

Dans le cadre, éclaire un peu la scène,

La lumière vient du corps,

Et portée par le nom elle arrive jusqu’à moi.

Une combe,

Une louve,

Et la courbure d’Inti, vingt-huit ans,

Corps solaire et rompu

Au feu de la présence. »

(Mathieu RIBOULET, Lisières du corps. Verdier, 2015)

Intelligence aiguë, humilité, bienveillance, humour, générosité, rire franc, gourmandise, amitié infaillible – le manque sera grand ; entre les deux, il n’y a rien.

mathieu nov 2015

Mathieu Riboulet, 20 novembre 2015

L’œuvre de Mathieu Riboulet est disponible aux éditions Verdier, Gallimard, Grasset ; les premiers romans, publiés chez Maurice Nadeau, sont en train d’être réédités par Verdier. Le Prix Décembre 2012 a récompensé Les Œuvres de miséricorde.

dominique minard

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rencontre avec mathieu riboulet

la rencontre avec Mathieu Riboulet, c’est vendredi 20 novembre 2015, à 18h30

Les chronologies, comme les fictions, sont parfois étouffantes quand on les considère comme telles, qu’on les arpente comme un qui fait les cent pas à la poursuite de la solution qu’un problème donné lui pose. On fait partie ou du problème, ou de la solution. Entre les deux, il n’y a rien. Sur le moment bien sûr nul ne se pose la question de savoir à quel degré d’étouffement la réalité nous conduit, même si on se doute qu’il est parfois très haut. On vit et on agit.

(Entre les deux il n’y a rien, p.51)

Quelque chose manque toujours, un élément d’explication, un supplément d’amour, de sexe, de désir, de nudité, de raison, un lieu où reposer l’âme qui a erré, longuement, lentement, sur ces terrains de joie, d’action et de pensée, où reposer aussi le corps qui l’a portée et qui a découvert, dans le creux d’un buisson, où se tenait le monde et les gestes à faire pour marcher dans son axe. Un lieu de temps et de conscience où poser la colère, un lieu d’épaules nues, de feuillages au front.

(Entre les deux il n’y a rien, p.136)

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rencontre avec mathieu riboulet : vendredi 20 novembre 2015

Riboulet 20 novembre 2015


rencontre avec mathieu riboulet : vendredi 7 décembre

Riboulet 7 déc  2012


rentrée littéraire (sur le vif 1)

quelques impressions sur cette nouvelle rentrée littéraire, après un long silence dû à des soucis de santé familiaux

je vais essayer de rattraper un peu le retard, même si la course frénétique à la publication des éditeurs me laisse peu de chance

sur le vif, donc

Mathieu RIBOULET, Les Œuvres de miséricorde

Que faire de l’héritage des deux guerres mondiales du xxe siècle ? comment un homme, notre contemporain, peut-il appréhender cette Histoire au plus près ? comment comprendre qu’une main aimante peut torturer, humilier, tuer ? en allant batailler avec les corps de l’« ennemi », en allant affronter l’héritage historique par un détour géographique de ces corps.

Dérangeant, insolent, ce dernier ouvrage de Mathieu Riboulet, convoquant Caravage et Purcell, met le lecteur au cœur de cette bataille — à ses risques et périls.

Dense, le texte monte en puissance au fil des pages jusqu’à atteindre une forme de chant poétique dans les derniers chapitres ; on se plaît à imaginer, un jour, une lecture intégrale à voix haute par l’auteur…

Mathieu RIBOULET, Les Œuvres de miséricorde — fictions et réalités.  Editions Verdier, 2012. 160 p. 14 €

nous attendons toujours la réimpression, annoncée par Gallimard ce printemps, du texte de Mathieu Riboulet, Les Âmes inachevées (collection « Haute enfance »)… à suivre