régine robin — avant la rencontre de mercredi 30 mai

petite proposition bibliographique d’ouvrages de Régine Robin choisis dans une bibliographie très riche et dense, où se côtoient ouvrages d’histoire, de sociologie et de fiction romanesque

Berlin est aujourd’hui un laboratoire, un chantier où s’expérimentent de nouvelles identités, une nouvelle identité juive, inédite, une identité postmoderne nomade, déterritorialisée, une identité rhizome pour reprendre le terme de Gilles Deleuze. C’est aussi la ville où les tentatives architecturales d’inscrire l’absence et la mort de quelque cent soixante-cinq mille Juifs allemands parmi les six millions de Juifs exterminés sont les plus vives et donnent lieu à des expériences urbaines où se mêlent approches avant-gardistes, réflexions sur le non-figurable, sur la représentation des ruines, des échecs, des défaites, des désastres de notre temps. […]

J’ai surtout voulu faire partager au lecteur mon amour de Berlin, l’immense collage que la ville constitue encore aujourd’hui. Je suis, avant tout, un flâneur sociologique. Je propose ici des balades, aussi bien dans l’histoire que dans l’espace urbain, dans le discours social que dans la littérature.

[…] la déambulation et la flânerie sont devenues, pour moi, une posture théorique, de réflexion et d’écriture. Je n’arrive plus à penser à partir d’un point fixe, d’une position de surplomb. Il faut que le regard se déplace en même temps que les objets, et que la parole, même théorique, soit migrante.

(Régine Robin, Berlin chantiers — essai sur les passés fragiles. Paris, Stock, 2001. 449 p. pp.26-7)

Analyste de discours idéologiques et flâneuse de parcours urbanistiques, Régine Robin, historienne, sociologue, écrivain, s’est toujours préoccupée des questions politiques d’identité, de culture et de mémoire. Arrivée à Montréal en 1977, professeur et citoyenne, pugnace républicaine devenant Canadienne et prêtant serment d’allégeance, sur la bible, à la reine d’Angleterre (elle aurait préféré le faire sur À la recherche du temps perdu), l’auteur de La Québécoite, au bout de trente ans de résidence au Canada, évoque tout ce qui fait qu’elle est «devenue d’ici» même si, comme elle l’écrit : «je ne me suis jamais sentie chez moi». Dans ce livre, on trouve une cinglante analyse du nationalisme québécois et un questionnement inquiet sur la transculture et l’écriture migrante. Bilan d’une «allophone d’origine française».

(Régine Robin, Nous autres, les autres — difficile pluralisme. Montréal, Boréal, 2011. 351 p. présentation de l’éditeur)

Ce seront cinq mégapoles ; New York et Los Angeles pour l’Amérique du Nord ; Tokyo l’immense mégapole asiatique, ville de flux ; Buenos Aires, pour l’Amérique du Sud, qui vient de sortir d’une crise effroyable ; et Londres, la mégaville d’Europe. Villes fascinantes, troublantes, passionnantes, épuisantes !

Ce sont toutes des villes de près de dix millions d’habitants, parfois plus, portant pour la plupart la richesse du monde, ses espérances et ses déchirures, avec d’énormes poches de pauvreté. […]

J’habite une mégapole depuis ma naissance et depuis ma naissance la ville m’habite ; depuis ma naissance la ville me dévore et je dévore la ville. Pour moi, […] elle n’est pas un objet, mais une pratique, un mode d’être, un rythme, une respiration, une peau, une poétique. La ville comme autobiographie.

(Régine Robin, Mégapolis — les derniers pas du flâneur. Paris, Stock, 2009. 403 p. pp.22-3, 28)

Nous vivons dans un monde obsédé par le passé. Les discours de la mémoire forment aujourd’hui une immense cacophonie, pleine de bruit, de fureur, de clameurs et de controverses. Où que l’on se tourne, un passé commémoré ou haï, célébré ou occulté, raconté, transformé, voire inventé, est saisi dans les mailles du présent.

Des méandres de la légende de l’Ouest américain à l’effacement des traces dans les pays de l’Est après la chute du mur; de l’obsession des origines à la disparition des anonymes ; de réécritures de l’histoire en communautés imaginaires remontant à la nuit des temps comme dans certains discours qui se tiennent en Israël et ailleurs; du grand nivellement qui renvoie parfois dos à dos la Résistance et Mussolini en Italie ou Franco et les Républicains en Espagne aux trous de mémoire persistants de la France coloniale, de l’évanescence du virtuel à la passion de l’archivage et de la conservation, partout on taille sur mesure dans le souvenir et l’amnésie.

(Régine Robin, La Mémoire saturée. Paris, Stock, 2003. 529 p.présentation de l’éditeur)


régine robin, mercredi 30 mai 2012


camille de toledo, jeudi 26 avril

Camille de Toledo ou les strates potentielles de la littérature

L’Inquiétude d’être au monde se lit comme un poème, un chant, écrit de « l’entre des langues » ; un chant né du vertige d’un monde européen malade d’orgueil, oscillant, dans l’effroi, entre le souvenir du « monde d’hier » décrit par Stefan Zweig et les « sédimentations fictionnelles » d’un xxie siècle naissant.

Toledo convoque ici Aimé Césaire et Stig Dagerman pour figurer les deux pôles de notre inquiétude : le vertige d’une origine et le besoin de consolation.

« Temps d’histoires croisées de la coupure, de la fêlure, et de l’exil. Ici s’invente le vingt-et-unième siècle, en marge de l’école où poussent l’ennui et le désintérêt. Ici, s’invente le vingt-et-unième siècle, dans la violence qui naît de l’inadéquation entre la pensée du monde et le monde.».

Juillet 2011, Anders Behring Breivik massacrait, en Norvège, 77 personnes dont 69 sur l’île d’Utoya.

En réaction à cette tuerie, Camille de Toledo écrit un texte, « L’Inquiétude d’être au monde », qu’il lit en public le 8 août 2011 à la Maison du Banquet et des Générations, à Lagrasse.

Le texte publié est paru aux éditions Verdier, en janvier 2012, dans la collection « Chaoïd », une collection qui réaffirme, haut et fort, que « la littérature aujourd’hui pense, comme elle l’a toujours fait, et seule une doxa récente s’y oppose ».

 

jeudi 26 avril 2012, Camille de Toledo proposera une lecture intégrale de son texte à la librairie, à 18h30

 

Camille de Toledo, L’Inquiétude d’être au monde. Verdier, 2012. 62 p. 6,40 €


rencontre avec camille de toledo


apérilivre, tome 3 (suite)

vendredi 6 avril 2012, bravant la pluie, les œufs de Pâques et les vacances, vous avez été nombreux, une fois de plus, à trouver le chemin de la rue Pascal pour assister à cette troisième tomaison de l’apérilivre, bravo!

il se dit même à Paris, depuis le début de la semaine, que cette idée d’apérilivre est tout simplement géniale — je suis tout simplement d’accord

vous aviez choisi de convoquer ce vendredi-là, dans le désordre d’apparition :

Jules Romains, Jean-Paul Chabrier, Chuck Palahniuk, Jacques Prévert, Jean-Claude Pirotte, Douglas Adams, Olivier Salon-Jacques Roubaud, Jean-Christophe Bailly, Enrique Villa-Matas, Susie Morgenstern et des haïkaï

un grand merci pour les victuailles collectives!

le prochain apérilivre aura lieu en juin, soit le 8, soit le 15, à voir


mardi 10 et mercredi 11 : fermeture de la librairie

réouverture jeudi 12 avril, à 10 heures

à venir : rencontre avec Camille de Toledo, jeudi 26 avril, 18h30

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apérilivre tome 3, vendredi 6 avril

en avril, ne te découvre pas d’un livre Lire la suite »


inventaire et apérilivre

pour mémoire, lundi, ce n’est pas ravioli mais inventaire, qui risque de déborder au mardi matin, la librairie sera donc fermée pendant ces festivités

pour se remettre de toutes ces joyeusetés fort épanouissantes pour l’esprit, vendredi, ce n’est toujours pas ravioli, mais apérilivre

n’oubliez pas de vous inscrire si vous voulez prendre la parole!

tartes salées, sucrées ou autres ripailles dévorables en librairie sont les bienvenues!


journée japon, samedi 31 mars

 

le Japon était le pays invité cette année au Salon du livre de Paris, salon qui a fermé ses portes cette semaine

dans son prolongement, la librairie vous propose une journée spéciale “Japon” samedi 31 mars, en partenariat avec Maïko et Tetsuya Gotani et la complicité de  Benjamin Thomas

le fonds japonais est mis en avant en vitrine et sur table

attention : pour l’atelier origami, inscription obligatoire!

 

 

 


rencontre avec henri alleg, vendredi 30 mars

vendredi 30 mars, à 17h30, rencontre avec Henri Alleg, à l’occasion du cinquantenaire du cessez-le-feu en Algérie

les éditions de Minuit publient le 12 février 1958 le texte La Question d’Henri Alleg

Alleg a rédigé ce texte clandestinement au cours de sa période de détention pendant la guerre d’Algérie; il y relate les séances de torture qu’il y a subies

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vitrine spéciale sur la guerre d’Algérie en ce moment à la librairie, avec mise en avant du fonds Minuit : à l’occasion du cinquantenaire du cessez-le-feu, Minuit réimprime plusieurs des ouvrages publiés courageusement par Jérôme Lindon entre 1957 et 1962

la publication, risquée, de ces ouvrages centrés sur la dénonciation de la torture et établissant la désertion comme un état de nécessité, a entraîné à l’époque douze saisies judiciaires et un procès


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