mia couto, l’accordeur de silences

une perle très précieuse dans le flot de la rentrée

Le titre original est Jesusalem, du nom donné par Silvestre Vitalicio à un coin paumé d’un pays en guerre sans nom : une ancienne réserve de chasse abandonnée — Jésusalem, « cette terre-là où Jésus devrait se décrucifier. Et point, final. ».

Silvestre fuit le monde, « l’Autre-côté », et emmène avec lui l’« humanité » : Ntunzi et Mwanito, ses fils ; Aproximado, l’oncle ; Zacaria Kalash, le militaire et domestique ; Jezibela, l’ânesse. Tous ont la peau noire, certains plus claire que d’autres.

Silvestre débaptise et rebaptise tout, homme, bête, fleuve. Il veut habiter dans l’oubli, rester « hors de portée des mots » et devient un tyran.

Dès leur arrivée à Jésusalem, il y interdit les livres, l’écriture, les souvenirs — et la femme. La sienne, Dordalma (Douleur de l’Âme) est morte, mystérieusement. C’est cette mort(e) que Silvestre fuit. Le nom même de Dordalma est banni de Jésusalem mais hante la communauté.

Mwanito, le plus jeune des deux fils de Sylvestre, a onze ans. C’est lui l’accordeur de silence, celui qui « est né pour se taire », qui sait accorder les silences du père depuis la mort de la mère. C’est la voix de ce silencieux qui va dérouler ce récit-conte.

Dans cet endroit échappé du monde, qui « peut être celui du commencement du monde », va surgir une femme, blanche, portugaise. Et « l’humanité » va vaciller.

La langue de Mia Couto porte admirablement ce texte qui, écrit en portugais, laisse entendre une poétique du langage mêlant monde lusophone et monde africain. Il faut saluer le remarquable travail de traduction d’Élisabeth Monteiro Rodrigues.

Mia CUTO, L’Accordeur de silences, traduit du portugais (Mozambique) par Élisabeth Monteiro Rodrigues. Métailié, 2011. Coll. « Bibliothèque portugaise ». 204 p. 19 €

Mia Couto est né au Mozambique en 1955, ancienne colonie portugaise. Il a d’abord étudié la médecine et la biologie à Maputo, puis devient, en 1974, journaliste au quotidien Noticias de Maputo et à l’hebdomadaire Tempo. Il vit actuellement à Maputo où il est biologiste, spécialiste des zones côtières, et il enseigne l’écologie à l’Université.

Une dizaine de titres sont traduits en français.