coup de gueule (suite)

à la lecture des commentaires publiés sur le blog en réponse à mon « coup de gueule » de lundi soir, quelques mises au point :

 

  • qu’un service public de réseau de médiathèques soit un relais vers des sites marchands Internet, quels qu’ils soient, indépendants ou fonds de pension, est inadmissible – où est l’obligation de neutralité ?
  • Soyons plus clair : il est inacceptable que, en cliquant sur le logo Amazon qui figure sur l’image de la couverture d’un ouvrage référencé dans le catalogue de la BNA, l’usager se retrouve automatiquement « rabattu » sur la page de vente dudit ouvrage proposé par Amazon
  • Inacceptable : il ne s’agit pas « seulement » d’une publicité « passive »mais d’un relais « actif » et exclusif d’un site de service public vers un site marchand

 

après navigation hier sur les sites des réseaux de lecture publique de Rennes, Toulouse, Limoges, Bordeaux : sauf erreur, aucun de ces catalogues ne présente dans sa base de référencement bibliographique de logo marchand quelconque et encore moins de redirections vers un site de vente ;

que l’on cite ses sources quand on reprend des données, c’est la moindre des choses

qu’un service public puise ces données dans d’autres bases que des bases de sites marchands, c’est aussi la moindre des choses

qu’une désaffection des médiathèques et des librairies ait lieu, personne ne le conteste ; je ne vois pas en quoi farcir un site de bibliothèque de logos avec renvois automatiques vers des sites de vente va inciter le public à revenir en médiathèque

n’en déplaise à certains, les libraires indépendants ne sont pas restés tous à l’âge de pierre et ne tournent pas le dos au monde dans lequel ils vivent, ils en sont des acteurs économiques et culturels locaux à part entière

les libraires indépendants ne vivent pas dans le monde des bisounours, ni uniquement d’amour et d’eau fraîche : ce sont bien des chefs d’entreprise et des commerçants ; qui ont donc l’obligation de faire entrer l’argent dans leur tiroir caisse pour faire vivre leur entreprise et régler leurs charges diverses (le fisc français réclame toujours à Amazon 198 millions d’euros)

si les bibliothécaires ont pour mission, entre autres, d’enclencher un acte de lecture, les libraires ont pour mission d’enclencher et un acte de lecture et un acte de vente

non, on ne trouve pas des piles de 50 nuances de grey dans chaque librairie indépendante mais ce serait une erreur professionnelle de ne pas le proposer à la vente

oui, on y trouve ce qu’on appelle un « fonds », une bibliodiversité certaine et de nombreuses rencontres d’auteurs ; encore faut-il venir en librairie pour s’en rendre compte

oui, tenir une librairie indépendante est un « combat ordinaire »

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12 commentaires on “coup de gueule (suite)”

  1. lenoble dit :

     » -qu’un service public de réseau de médiathèques soit un relais vers des sites marchands Internet, quels qu’ils soient, indépendants ou fonds de pension, est inadmissible – où est l’obligation de neutralité ?
    -Soyons plus clair : il est inacceptable que, en cliquant sur le logo Amazon qui figure sur l’image de la couverture d’un ouvrage référencé dans le catalogue de la BNA, l’usager se retrouve automatiquement « rabattu » sur la page de vente dudit ouvrage proposé par Amazon
    -Inacceptable : il ne s’agit pas « seulement » d’une publicité « passive »mais d’un relais « actif » et exclusif d’un site de service public vers un site marchand »

    Absolument d’accord avec cela.
    Ces liens vers des sites marchands ne rendent pas le site de la BNA plus dynamique (ou alors, que l’on m’explique en quoi?)

    « – utiliser les ressources « open data » : c’est le choix que mon équipe et moi-même avons fait. Nous ne sommes pas les seuls à l’avoir fait : par exemple les bibliothèques publiques de Rennes, Toulouse, Limoges, et la bibliothèque de la Sorbonne ont retenu cette solution. » écrit M.Mans.
    Je trouve son argumentation pertinente.

    Cela contraint-il à cette fameuse « redirection »? Non (ou alors, que l’on m’explique pourquoi?)

    En revanche, penser que les librairies doivent être sur Internet aujourd’hui, c’est indubitable, comme l’ont exprimé différents commentaires.
    Et pourquoi bibliothèques et librairies ne travailleraient-elles pas ensemble?
    http://www.atlantico.fr/decryptage/voit-on-que-survie-bibliotheques-est-aussi-menacee-que-celle-librairies-eric-lombard-587643.html
    C’est une piste, il y en a d’autres, des bonnes et des moins bonnes…

    Bonne route, la Librairie! 🙂

  2. Bousset Cecile dit :

    bonsoir Dominique, je ne peux être qu’en accord avec ce que tu écris, je suis même étonné qu’il puisse y avoir désaccord sur ce sujet, de surcroît par des acteurs-lecteurs de librairie indépendante ! certes je défends le service public et ne suis à ce titre pas neutre dans ce débat ! néanmoins, force est de constater qu’il existe des dérives qui détournent le service public de ses missions, qui devraient être exercée dans un soucis de neutralité, sans accord tacite avec des services marchands. Imaginons des Ecoles, des hôpitaux,… qui renvoient implicitement par leurs logos à des services à visées marchandes, de surcroît sélectionnés, puisque tous n’y sont pas ! sans compter que cette démarche aura des effets démultiplicateurs, amplifiant la suprématie des grands groupes, la faiblesse des autres jusqu’à leur extinction. Alors que l’on sait par ailleurs que c’est la multiplicité des formes,offres, choix,… qui préserve l’individu dans sa richesse, et toutes ses formes d’expression.

    Et pour faire simple, tout acte de publicité, de promotion par un service public est non-éthique. et ceci sans tomber dans l’angélisme. Cautionner de tels actes, c’est accepter de participer à un appauvrissement tout court. donc, je te soutiens, bien sûr, pas uniquement par amitié, mais par idéologie ! bon courage cécile B

  3. Nicolas dit :

    Bonjour,

    si le site marchand vers lequel la bibliothèque renvoyait était le votre, y aurait-il cette discussion vaseuse et sans fin ?

    bonne soirée

    • la discussion n’est ni vaseuse ni sans fin
      quant à votre question : non, en effet la discussion n’aurait pas lieu car la situation que vous convoquez n’a pas, et ne doit pas, avoir lieu, service public (et son corollaire obligation de neutralité) oblige

    • À mon humble avis dit :

      Nicolas vitupère
      Son propre commentaire,
      Car je crois que ce n’est
      Que vaine vacuité.

  4. Julien La Moustache dit :

    Bonjour à tous

    « L’enjeu majeur des bibliothèques aujourd’hui est de conquérir du public, si nous n’inversons pas la courbe d’inscription observée ces dernières années, nous fermerons des bibliothèques au lieu d’en construire. » écrivait hier M. Mans.

    Que les catalogues doivent être attractifs, modernes, nous en convenons. A ma connaissance aucune secte ne préconise le retour aux fichiers papiers comme unique voie de salut pour la Bibliothèque.
    Le seul point choquant que la Librairiedeclermont et d’autres dénoncent, c’est le fait qu’un service public (financé par ces braves petites bêtes qu’on nomme « contribuables ») propose aux usagers un renvoi vers un site marchand, pour connaitre un ouvrage. – Proposer un distributeur de livres comme d’autres proposent des sandwiches ou des boissons, est-ce là un service public ?
    Des catalogues, qui plus est gratuits, proposent de vous fournir la couverture du livre sans vous renvoyer sur un site qui vous déclament : « Il ne reste plus que 11 exemplaire(s) en stock… Voulez-vous le faire livrer le samedi 19 janvier ? Commandez-le dans les 1 h et 11 min et choisissez la livraison en 1 jour ouvré sur votre bon de commande. »

    Mêler Service public et Service marchand est-ce bien moral ? Les enjeux ne sont pas les mêmes, pourquoi donner une image du premier sous le prisme du second ? (Il fut un temps où l’on a séparé Église et État pour les mêmes raisons évidentes…)
    Le service public par ses bibliothèques doit permettre l’accès à tout à chacun à la culture, si on considère qu’Amazon, Fnac, Decitre, etc le font tout autant que ces dernières, faisons des économies, payons directement nos impôts à ces entreprises.

    Si Clerco désire continuer à construire des bibliothèques, doit-il fournir un service utile, professionnel, NEUTRE, riche à nos usagers, où doit-il les renvoyer (par quelque façon que ce soit) devant les grandes enseignes marchandes? Doit-il payer (avec l’argent des contribuables) pour des catalogues privés qui sont eux-mêmes « subventionnés » par de grandes enseignes commerciales?

    Clerco avait peut-être les meilleures intentions du monde, mais un bilan peut se faire à tout moment, les catalogues sont modulables, tout ce qui a été écrit peut se corriger.
    Tout le monde conviendra que je suis au moins dans la vérité quand je dis que l’erreur est humaine…

    Bon courage à tous, et surtout restez courtois! Le sang et la bave, ça tâche les livres…

    Julien
    Auvergnat et bibliothécaire.

    • Voilà une réponse courtoise. Effectivement il faudrait peut être que tout le monde se retrouve autour d’une table!
      Je découvre qu’il faudrait payer pour acquérir des droits pour diffuser une couverture?
      Il me semble que chaque maison d’éditions a des services de presse et communication plus que compétents. et que dans le cadre de la promotion ont peut obtenir des visuels il suffit de les demander.
      Finalement si on considère que le catalogue d’une bibliothèque est une belle vitrine pour la promo d’un livre ou d’un auteur pourquoi ne pas passer par ce service?

      Ou ce n’est pas possible ou c’est plus rapide et plus simple de se tourner vers des grands sites déjà existants il ne reste qu’à faire du copier coller avec des liens car presque tout y est…et hop

      Une autre mise en ligne demanderait peut être un poste à temps complet pour mettre en ligne les données récupérées de tous les éditeurs. Pourquoi pas? C’est bien une création de poste!

      Pour rester dans le positif, merci aux bibliothécaires Clermontois-e-s sur le terrain et bon courage aux libraires indépendants.
      La Gazette Serendipities

  5. HB dit :

    Ce qui est surprenant, c’est l’absence (volontaire ?) de commentaires de la part de la Librairie sur les collaborations de celle-ci avec les médiathèques de la métropole clermontoise. C’eût été à minima une preuve d’honnêteté , quant à l’esprit de collaboration qui préside entre libraire et bibliothèques, au-delà de polémiques qui ne peuvent que desservir les démarches de l’une et des autres, pour promouvoir la littérature.
    Ce n’est certainement pas la mention légale de l’origine de résumés d’ouvrages qui provoque l’acte d’achat, mais bien la qualité de l’offre de services, et celle de l’accueil.
    Ce sont des qualités que libraires et bibliothécaires devraient partager, n’est-il pas ?

  6. Jean-Charles dit :

    Réponse au coup de gueule (suite):
    Bonjour,
    Je suis désolé mais je trouve toujours ce débat complètement hypocrite.
    La discussion ne cesse de se cristalliser sur Amazon, site marchand coupable des pires horreurs que l’on puisse trouver dans le monde du livre.
    Avec en face, la librairie spécialisée, centre d’échange vertueux où l’on peut discuter avec des auteurs et où des vendeurs cultivés et dotés de la plus grande objectivité prodiguent les meilleurs conseils à ses pauvres lecteurs égarés.
    La réalité est hélas un peu plus subtile: Amazon est un marchand qui veut certes générer le maximum des profits mais qui ne veut pas spécialement la ‘mort’ des librairies indépendantes.
    Les problèmes de cette entreprise avec le fisc sont d’ailleurs hors-sujet: je doute que vous en connaissiez tous les tenants et les aboutissants et ce n’est pas comme si nous en France nous n’étions pas les champions de la fraude fiscale…
    Et les librairies spécialisées sont des commerces comme les autres, qui n’hésitent pas parfois à vendre de mauvais produits pour générer du chiffre. L’exemple de ’50 nuances de gris’ était un exemple que je ne pouvais pas manquer d’utiliser: tous les libraires dignes de ce nom vont diront en ‘off’ que c’est un roman écrit avec les pieds qui ne se vend que grâce à sa réputation sulfureuse. Pourtant chez certains libraires j’ai été surpris d’en voir des piles impressionnantes…ne pas le vendre serait effectivement une erreur professionnelle, mais mettre en avant un roman qu’on sait mauvais pour faire du buisness, n’est-ce pas très loin de l’éthique professionnelle et culturelle que vous prétendez avoir? Et si toutes les librairies ne pratiquent pas ce genre de méthodes, vous savez très bien que c’est quand même très loin d’être si marginal (et si ce n’est pas avec ’50 nuances de gris’ c’est avec un autre ouvrage tout aussi mauvais)…
    La collusion entreprise privé/service public dans le monde du culturel vous gêne? Mais elle a toujours existé… Quand les bibliothèques / médiathèques / établissements scolaires / évènements culturels mettent en place des partenariats privilégiés (souvent de manière occulte d’ailleurs) avec certaines librairies et pas d’autres cela ne vous pose aucun problème, mais puisque là c’est le si décrié Amazon qui est concerné, vous sortez les piques et les fourches???
    Normalement je n’ai rien contre les librairies spécialisées, bien au contraire, mais vos propos sont très excessifs et nécessitent qu’on apporte un peu de nuance à cette discussion: Amazon n’est pas le Diable et vous n’êtes pas toujours les Champions de la culture que vous prétendez être…

    • Julien La Moustache dit :

      Nous ne pouvons pas faire le procès à Madame La libraire, d’être une libraire.
      Elle est libraire, sans doute contribuable et elle donne son opinion sur un service public, moi qui suis modestement bibliothécaire, je l’en remercie!

      Et c’est à mon sens cette « collusion entreprise privé/service public » (qui me gène, oui!) qui est le cœur du problème, et l’UNIQUE problème; que ce soit « Alapage, Chapitre, Abebooks, Libristo, Fnac, Cultura, ou Amazon » là n’est pas la question!
      Cette tirade sur Amazon est-elle là pour faire basculer le débat vers d’autres intérêts ou d’autres marottes?…

      Vous parlez de « partenariats occultes » supposés, qui sont peut-être un problème il est vrai. Mais ne soyons pas aveugles: entre la médiathèque de Pétaouchnok qui demande au libraire du coin de lui procurer son fonds de bd, et une communauté de communes qui oblige tout usager à se tourner vers un site marchand au sein même de son catalogue en ligne, il y a un monde.
      Et si vous parlez des marchés remportés par de petites librairies pour des médiathèques de communes, renseignez-vous sur les conditions et les résultats des marchés conclus par des communautés de communes en France, vous ne serez pas déçu dans vos recherches d’occultisme…

      J’insiste: Amazon, on s’en fiche!
      Transposez le problème: de la pub MCdo ou Vacher (pour faire moins antimultinationaliste) sur le site de la cantine de vos enfants; ou Doliprane ou Valium dans l’hôpital de votre ville; les logo d’entreprises privées de surveillance dans les commissariats; les slogans de l’entreprise Acadomia dans les collèges publics; ne sortiriez-vous pas piques ou fourches? (on pense que je divague? je me souviens d’un temps où la subvention privée des universités était en pourparlers…) Notez tout de même qu’avec le blog de LaLibrairie, nous sommes loin de les avoir sortis…

      Il n’y a ni champion ni diable, uniquement des hommes et des femmes qui s’irritent à l’idée que l’on réponde à un lecteur: « Voyez Amazon! ». Ce serait comme subventionner le dictionnaire de l’Académie Française par Wikipédia! (sans aucun patriotisme élitiste à la française: je suis l’un de ceux qui utilisent Wiki…)

      J.

  7. VB dit :

    Madame,

    les éditeurs et les libraires indépendants sont les garants de la liberté d’expression. Il est désolant que les bibliothèques accompagnent avec autant de complaisance le mouvement vers un quasi monopole et, de fait, ses risques totalitaires.

    Madame Filippetti, Ministre de la Culture : « Nous avons un réseau formidable de librairies indépendantes en France qu’Amazon risque de tuer… » (sept. 2012)

    Bon courage à vous, Madame, et merci pour votre « Coup de gueule ».

  8. Jean-Charles dit :

    Amazon mais pas Alapage.com/Chapitre.com/Abebooks.fr/Libristo.com?
    Amazon mais pas Fnac.com/Cultura.com?
    Mais si la ministre l’a dit çà doit être vrai… ce n’est pas comme si les politiques n’aimaient pas faire de la démagogie à peu de frais?


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