de la librairie comme sport de combat

Un petit retour en arrière sur la journée d’inauguration des nouveaux locaux de la librairie rue des Gras, le 17 novembre 2012, il y a tout juste un mois.

Qui dit inauguration, dit discours, évidemment. Discours plutôt de type cours d’eau que fleuve pour laisser du temps au pot de l’amitié qui suivait. Comme certains absents réclamaient la teneur de ces belles paroles, les voici ci-dessous.

« Tout d’abord, prenez une libraire un peu tête de mule, mettez-lui de nombreuses embûches dans les pattes ; faites-lui connaître les pires frissons ; laissez-la souffler de temps en temps en convoquant amour et amitié ; ajoutez un peu de trahison pour lui éviter de trop dormir et vérifiez régulièrement son rythme cardiaque.

Pendant ce temps-là, faites intervenir Marcel Mayeux pour sa grande gueule ; Viviane Hamy, pour son engagement spontané ; les associés de la librairie, pour leur confiance ; Christine Boizard, pour sa ténacité ; Corinne Besson, pour son soutien constant ; Christophe Clémence, pour son appui ; les nombreux aventuriers de la librairie, pour leur entière implication, disponibilité et bonne humeur —  et vous aurez le meilleur roman à suspens de cette rentrée littéraire et une petite idée de ce que furent ces neuf derniers mois — cœurs sensibles s’abstenir.

Car, voilà, ça y est, nous l’avons fait, contre vents et marées : la librairie est installée rue des Gras.

Ce combat aurait été impossible à mener seule. J’adresse mes profonds et sincères remerciements à vous tous qui m’avez entourée.

Quatre ans après l’ouverture de la librairie rue Pascal, je persiste à penser que la présence d’une librairie généraliste indépendante à Clermont-Ferrand est toujours aussi pertinente.

Certes, le combat est quotidien et le prix à payer semble lourd certains soirs. Mais, des lecteurs, contrairement à ce que d’aucuns pensent, il y en a toujours. À nous de les faire entrer ici et de leur donner envie de participer à l’aventure.»

Dominique Minard

« C’est en parlant de moi que j’aimerais commencer ce discours.

J’ai cependant très peu de scrupules à le faire, car c’est pour vous parler d’une inclination qui m’est personnelle, mais qu’en même temps, je partage avec beaucoup d’entre vous. Avec tous, j’en suis sûr.

Lorsque j’arrive dans une ville qui m’était jusque-là étrangère, que j’y passe ou que je m’y installe – comme ce fut le cas à Clermont-Ferrand, il y a trois ans –, l’une des premières tâches que je me donne – tâche heureuse – est de trouver la librairie indépendante.

Et c’est bien davantage qu’une coquetterie. Entrer dans une librairie indépendante, c’est en effet bien souvent entrer dans un lieu où l’on est lecteur avant d’être client, où les livres, avant d’être des produits, sont des mondes possibles. C’est, au fond, pénétrer dans un lieu où, comme partout, de la monnaie passe de main en main, mais où, comme en de rares endroits seulement, bien d’autres choses circulent : des idées, des paroles, des liens.

Est-ce là un tableau idyllique ? On pourrait m’asséner cet argument. Sauf que l’expérience lui opposerait une irréfutable évidence : c’est tellement vrai, qu’il se passe quelque chose dans les librairies indépendantes, qu’à force de parler de livres, on se dévoile, on fait connaissance. Je n’avais peut-être, a priori, pas beaucoup en commun avec Dominique, et pourtant nous sommes devenus amis. Mieux : je suis loin d’être un cas unique, comme en témoignent la mobilisation inouïe lors du déménagement de La Librairie, l’ambiance joyeuse d’entraide, la présence de lecteurs de tous horizons, venus simplement donner un peu de leur temps et de leur énergie pour que puisse continuer à vivre ce lieu qui leur est si précieux. Il faut dire que tous s’étaient croisés, écoutés, entretenus, lors des désormais fameux apérilivres, organisés par Dominique, qui prouvait ainsi, une fois encore, qu’être libraire, c’est être commerçant, certes,mais c’est être plus que cela, aussi…

Dominique ne s’en est jamais cachée : le déménagement qui nous a réunis était une question de survie. Mais ce n’est pas La Librairie qui va mal, c’est tout le secteur qui souffre, en France, en Europe, menacé, entre autres forces, par de grands sites marchands non imposables qui d’un clic promettent l’immédiat apaisement de la pulsion acheteuse. Or, aussi inconcevable que cela puisse paraître à certains, il demeure des lecteurs (c’est dans leurs discours et leurs médiocres représentations du monde social qu’ils n’existent plus). Et ces lecteurs sont très attachés à des lieux comme La Librairie, où ils ont aussi le bonheur d’écouter des auteurs (Mathieu Riboulet, Yves Ravey, Emmanuelle Pireyre, Eric Laurrent, Cécile Coulon, Camille de Toledo, Henri Aleg…), d’échanger, de découvrir de nouvelles lectures.

C’est cet attachement qui nous a poussés, prolongeant l’élan qui nous avait réunis pour peindre des murs et monter des meubles, à créer une association. Cette association, « La Librairie », une aventure !, veut soutenir les activités culturelles que propose La Librairie. Pour que l’aventure continue et que « notre » librairie demeure un peu plus qu’un commerce culturel : ce lieu de culture, de rencontres entre lecteurs, et entre lecteurs et écrivains.

Je vous remercie donc tous, de tout cœur, d’être venus nombreux à l’inauguration de la nouvelle Librairie. Je vous remercie tous d’apporter votre soutien à l’association. Je ne doute pas que, grâce à vous, l’aventure puisse continuer longtemps.»

Benjamin Thomas, Président de l’association « La Librairie », une aventure !

 bulletin association

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